Lundi 15 janvier 2007
1
15
/01
/Jan
/2007
14:32
En plein quartier touristique, un café fait de la résistance. Le Franco Belge ne drague pas le tout venant, y entrer c’est prendre ses responsabilités.
Mais cherche-t-il vraiment à attirer des clients, ce troquet situé dans une rue ultra fréquentée de Bruxelles tant il brille par sa sobriété ? Rue des Grands Carmes, à une éclaboussure du Manneken Pis, Le Franco Belge vous accueille avec un menu gastronomique. Succombez aux spaghettis bolo, oubliez-vous avec un croque salade. Entrez si vous le pouvez, à l’entrée, une pluie de fléchettes découragera les plus couards. Passée l’épreuve de la révérence forcée, arpentez le dallage par endroits lézardé, faîtes fi du mobilier quelque peu délabré et ignorez les cendriers en train d’agoniser.
Je commande un Monaco à la sibylline taulière, son visage se crispe, c’est une offense hexagonale. « Ici on n’a pas de grenadine, à la rigueur de la limonade, mais c’est pas sûr ». Une blanche fera l’affaire. On n’est pas nombreux dans ce rade, un couple de britanniques qui aurait pu s’attabler dans mille établissements plus engageants autour de la Grand Place, la patronne qui taille une bavette dans une langue balkanique avec un habitué, et un duo de joueurs de fléchettes, inusables et joyeux. Le patron, absent, est réputé serbe, ou bien croate. Ne pas demander c’est éviter l’incident diplomatique.
Un nord africain pénètre dans le café en tirant péniblement un diable ; nos ancêtres les gaulois, son menhir est un fût de bière. Une radio commerciale déverse sa soupe rétro, mais est-ce que quelqu’un l’entend ? Les chansons nasillardes sont couvertes par les idiomes qui s’entremêlent. Dehors, les torrents de touristes continuent de se déverser en direction du ru d’urine. Certains s’arrêtent, fascinés par le ballet incessant des fléchettes et par le costume d’officier d’un des joueurs. C’est vrai qu’il a de l’allure cet homme, avec ses épaulettes et son pantalon à pinces. Son pied glisse élégamment le long du pas de tir, le lancement est imminent. Les impératrices longilignes sont le témoin privilégié des minutes qui s’égrènent.
Aux murs, trônent fièrement accrochées des photos de personnages arborant des breloques qui trahissent l’appartenance à une confrérie. Des cartes postales, des objets publicitaires siglés aux armoiries de brasseurs, des gravures de la Bruxelles d’avant et des billets de banque de pays lointains complètent la décoration. Le patron fait irruption, il ne prête même pas attention aux ogives qui fusent au dessus de son crâne. Le temps de se rouler un pétard, d’empoigner trois fléchettes et le voilà qui prend la tête du concours. On sursaute chaque fois que l’une d’elles manque la cible et s’écrase bruyamment sur le carrelage, car il arrive que la déesse refuse les offrandes de métal. La bière a ici un goût d’authenticité. Finalement, il est attachant ce bouge. Garçon, un pétard et trois fléchettes !
Commentaires